NEA/COM(2012)8
Paris, le 29 novembre 2012

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L'analyse des systèmes décarbonés de demain doit tenir compte des coûts systémiques

Dans une étude qui vient de paraître, l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire (AEN) recommande aux décideurs de tenir compte de l'intégralité des coûts systémiques de l'électricité dans leurs choix énergétiques et de les internaliser suivant un principe de « producteur-payeur ».

L'étude en question, Énergies nucléaire et renouvelables : Effets systémiques dans les réseaux électriques bas carbone, analyse les interactions de plus en plus importantes entre les énergies renouvelables variables et les technologies énergétiques programmables (comme l'énergie nucléaire) à travers leurs effets sur les systèmes électriques.

Les « effets systémiques » concernent les coûts associés à la fourniture d'électricité pour une charge et un niveau de sécurité d'approvisionnement donnés intervenant au-delà des bornes de la centrale de production. Le rapport se concentre sur les coûts réseau, un sous-ensemble des coûts systémiques qui recouvre a) les coûts de développement et de renforcement des réseaux de transport et de distribution ainsi que les coûts de raccordement de nouveaux moyens de production, et b) les coûts supplémentaires pour l'équilibrage à court terme de la production et de la demande et pour le maintien à long terme d'une fourniture d'électricité suffisante.

Voici quelques-unes des principales conclusions tirées de l'analyse de six technologies – nucléaire, charbon, gaz, éolien terrestre, éolien offshore et solaire :

  • Si toutes les technologies génèrent des coûts systémiques, ceux des technologies programmables sont au moins d'un ordre de grandeur inférieur à ceux des énergies renouvelables variables. Intégrer les coûts systémiques des énergies renouvelables variables majore de jusqu'à un tiers le coût total de la fourniture d'électricité, selon le pays considéré, la technologie employée et son taux de pénétration. Les coûts réseau des technologies programmables sont inférieurs à USD 3 par MWh. Dans le cas de l'éolien terrestre, ils peuvent atteindre USD 40 par MWh, dans celui de l'éolien offshore, USD 45 par MWh et, dans celui du solaire, USD 80 par MWh. En outre, les coûts systémiques augmentent avec le taux de pénétration des technologies renouvelables.
  • À l'heure actuelle, ces coûts réseau sont supportés – et c'est largement méconnu – par les consommateurs d'électricité par le biais de tarifs d'acheminement plus élevés, et par les producteurs d'électricité par le biais de marges réduites et de facteurs de charge plus faibles. Ne pas prendre en compte les coûts systémiques revient à ajouter de nouvelles subventions implicites aux subventions déjà importantes dont bénéficient les énergies renouvelables variables. Si la situation devait se perpétuer, les installations programmables seraient de moins en moins souvent remplacées à la fin de leur durée de vie, fragilisant ainsi la sécurité d'approvisionnement.

    Assurer une bonne sécurité de la fourniture d'électricité dans des systèmes électriques décarbonés ayant une forte proportion d'énergies renouvelables nécessitera des incitations à internaliser les coûts systémiques et des structures de marchés permettant de payer à son juste prix toute la production programmable, dont l'énergie nucléaire, source bas carbone.
  • À court terme, le nucléaire se portera mieux que le charbon ou le gaz en raison de ses faibles coûts variables. À long terme, lorsqu'il s'agira de réaliser de nouveaux investissements, des facteurs de charge réduits pénaliseront de manière disproportionnée les technologies aux coûts fixes élevés, comme le nucléaire. Dans les systèmes qui ont actuellement recours à l'énergie nucléaire, l'introduction d'énergies renouvelables variables entraînera vraisemblablement une augmentation des émissions globales de carbone car il devra être fait appel à des moyens de réserve émettant davantage de carbone.

L'importance des coûts systémiques fait que des changements notables seront nécessaires pour parvenir à la souplesse requise si l'on veut que coexistent, dans des conditions économiquement viables, l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables au sein de systèmes électriques de plus en plus décarbonés. Il s'agira, par exemple, de généraliser la tarification du carbone, les contrats à long terme et les mécanismes de garantie de capacité pour offrir des incitations suffisantes aux investisseurs.

Nuclear Energy and Renewables: System Effects in Low-carbon Electricity Systems
OECD, Paris, 2012 – ISBN 978-92-64-18851-8
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Q&A: Understanding system costs
NEA Nuclear Development Division


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